Transformation intérieure : l’inconscient est libre, imprévisible et créatif

Transformation intérieure : L’importance de toujours garder à l’esprit que l’inconscient est libre, imprévisible et créatif.

 

En 1986, année Internationale de la Paix de l’ONU, j’ai une la chance de co-animer un programme qui s’est déroulé dans 90 pays, ayant pour thème : « Changez-vous et le monde changera », (l’effet papillon), ce qui reprend la fameuse phrase de Gandhi : « Soyez le changement que vous aimeriez voir dans le monde ».

Lorsqu’on s’engage sur un chemin spirituel, quel qu’il soit, l’une des motivations (ou des conséquences) est une certaine transformation dans sa vie. Et généralement, on utilise pour cela les bonnes vieilles recettes qui ne marchent pas : promesses, résolutions, discipline, etc.

Le premier niveau de transformation consiste à changer ses réflexes/habitudes :

– Par exemple à remplacer l’impatience par le yoga, la pleine conscience ou le mansa seva, tout en faisant la queue !

– Ou bien, remplacer l’attachement par l’amour, non pas en fermant la porte de son cœur mais en donnant beaucoup d’amour tout en faisant à l’autre le cadeau de sa liberté (sans dépendance).

– Ou bien encore, en remplaçant l’ivresse toute temporaire du bonheur à travers une frénésie de biens, de possessions, de « shopping », par l’ivresse d’une expérience spirituelle profonde.

– De remplacer l’irritation ou la colère par une vraie écoute de l’autre, se mettre à sa place, empathie.

– De remplacer la paresse par une motivation spirituelle, etc.

– Ainsi par exemple, je médite tous les matins à 4h, non pas parce qu’on m’a dit de le faire mais parce que j’en ai vu les bénéfices au niveau de ma conscience et dans ma vie de tous les jours.

– J’ai progressivement adopté un régime végétarien, non pas tant du fait de l’empreinte carbone ou à cause de la maltraitance des animaux, même si ces phénomènes sont bien réels, mais parce que j’ai constaté que la viande, au même titre que le tabac ou l’alcool ne favorisent pas de bonnes expérience de méditation.

Donc, la motivation est importante. L’équilibre aussi.

 

Le 2e niveau concerne la transformation des désirs : l’exemple du monsieur qui revient de vacances où il a fait du sport, il s’est nourri sainement et a médité tous les matins au lever du soleil et tous les soirs à son coucher et sa résolution de rentrée est de rester sain de corps et d’esprit.

Seulement, sur le chemin de chez lui à son travail, il constate qu’en son absence, se sont ouverts : une rôtisserie (le fumet du poulet rôti !), une pâtisserie (les éclairs au chocolat !), un magasin Nicolas et Mr Davidoff a ouvert un magasin de cigares !

Or, il passe devant ces vitrines tous les jours et regarde leur éclair au chocolat avec convoitise…  un jour, puis deux, puis trois (tout le monde est différent). Mais il s’interdit sucre, gras, viande, alcool, tabac…. Plus il se l’interdit, plus il en devient obsédé ! Il continue à se l’interdire, et ne pense plus qu’à ça ! Il remonte le ressort, le remonte… jusqu’au jour où ça casse ! Il décide un jour de rentrer dans la pâtisserie, de s’acheter l’éclair au chocolat puis le poulet rôti et de les savourer, puis d’arroser tout cela avec une bonne bouteille et un bon cigare. Il culpabilise à mort, s’en veut de ce laisser aller (différent du lâcher prise), de ce manque de respect de soi qui lui fait perdre tout estime de lui-même ! Il répète cette action plusieurs jours et même plusieurs fois par jour… et petit-à-petit, il s’en désintéresse, naturellement.

Il en devient plus détaché, la culpabilité laisse la place à la résilience et il repense à la vision élevée de lui-même, qui lui paraît lointaine, mais qui est toujours là, sous-jacente. Il décide de dépasser la culpabilité et réveille ses forces de résilience pour transformer/transcender l’expression matérielle du désir par sa forme subtile et spirituelle (et originelle).

Il passe sans le savoir d’une conscience du corps (ordinaire) à la conscience d’âme (spirituelle). Il est guidé par la vision élevée qu’il a conservée de lui-même, profondément enfouie et qu’on ne perd jamais, quels que soient les obstacles, parce qu’elle est notre vérité.

Mais ce n’est pas facile de retrouver et de discerner clairement notre forme élevée (cf. plus loin l’ami spirituel).

 

Le 3e niveau est celui des pensées et des émotions, par exemple : « Je ne dois pas avoir de pensées impures, je dois contrôler mes émotions, je ne dois pas avoir d’ego », etc. C’est aussi tout l’aspect de reconsidérer nos schémas de pensée et de fonctionnement, notamment sur les questions importantes : « Qui suis-je ? », « Qui est Dieu ? », « Quelle conception du temps ? »…

Dans ce processus, il faut d’abord bien comprendre l’effet dévastateur de la culpabilité sur la conscience et ses deux contrepoints que sont la résilience et ce qu’on pourrait appeler « l’intelligence spirituelle » dans la mesure où elle s’accompagne de motivations pures.

Quel est le fonctionnement en jeu dans cette histoire ?

Ceux qui ont lu le petit livre « Je Médite », connaissent l’image de la marmite. Jung nous dit qu’il y a une corrélation directe entre le couvercle et le feu : plus je fais pression sur le couvercle, plus j’attise le feu. Or, nous sommes l’ensemble et on oublie trop souvent l’élément eau qui, s’il est porté à une certaine température, bout et se révolte. Surtout si subsiste au fond de la marmite les restes d’un repas, d’une potée, d’un ragoût fait la semaine dernière, l’année dernière ou il y a un siècle. Un vieux grain de maïs  qui se transforme en pop-corn et fait sauter la marmite.

Si je ne me vois que comme les éléments séparés : le corps de la marmite d’un côté, l’eau, le couvercle, le feu de l’autre, je vais me perdre dans mes contradictions. Si je me pose des interdits, si je ne fonctionne que par promesses/résolutions/discipline, je ne fais que créer un conflit intérieur. Je ne peux pas nier mes désirs tout comme je ne peux pas contrôler toutes mes émotions. Tout va nettement mieux lorsque je commence à comprendre le fonctionnement de ces différents éléments qui constituent ma personnalité. Je vois comment je peux les faire fonctionner ensemble, comment je peux les intégrer, au lieu de les opposer.

L’inconscient se rebelle face aux interdits. Nous sommes bien sûr tous différents, mais, en règle générale, l’inconscient est libre (et entend le rester !), imprévisible et créatif. Et un peu espiègle et aussi un rien manipulateur à ses heures perdues !

J’ai fumé durant 20 ans. J’ai essayé de fumer moins, j’y parvenais, un temps, puis venait une soirée, une rencontre entre amis, une situation de stress et je « rechutais » ! Avec un sentiment d’échec. Donc, une vision de moi-même diminuée. Bien sûr, ces efforts de résolutions et d’échecs n’étaient pas complètement perdus. Ils laissaient une trace dans mon inconscient. Mais tout cela me laissait le goût âcre d’efforts laborieux et peu productifs. Et puis, un jour, lors d’une méditation intense, je me suis arrêté, sans résolution, sans effort, sans savoir non plus consciemment comment, avec un sentiment de vouloir me faire du bien, physiquement et moralement, l’envie de devenir sain, de purifier mes poumons et ma tête, l’envie de me libérer de cette habitude qui commençait à sérieusement me peser. Une vision de moi-même différente, saine, libre. Une vision paisible sans besoin de façade.

Je n’ai jamais repris ni eu envie de reprendre ! Et ça s’est fait simplement, naturellement, sans aucun effort. Lors de cette longue méditation (mon premier rakhi), il y eut un déclic en moi, une symbiose, les éléments du puzzle se sont placés naturellement en harmonie.

J’avais transformé la vision de moi-même.

Mais ça n’est pas toujours évident de trouver seul le ressort d’une autre vision de soi-même.

En cela j’ai un ami spirituel qui m’aide à me voir différemment.

Parce qu’il a une vision de moi qui n’est pas limitée dans l’espace-temps, comme la mienne.

Sa vision de moi est plus globale dans le temps : il voit mon présent sans jugement car il connaît mon passé (il sait d’où je viens) et mon futur (il sait où je vais). Quoi que je fasse ou dise, il garde toujours la vision de ma « forme parfaite », la seule qui l’intéresse, ce moi idéal auquel j’aspire confusément sans pouvoir vraiment en définir les contours.

Il voit mes défauts et mes qualités. Il sait que les premiers ne sont qu’une expression déformée des secondes. Blanc et noir et toutes les nuances de gris entre les deux. Et en fait, une seule et même couleur !

C’est sa vision des êtres. Il est le seul à avoir une vision aussi large. Pourquoi ? Parce qu’il est le seul à ne pas s’être égaré dans le jeu des rôles et des identifications. Il n’est pas non plus le créateur de la pièce de théâtre, ni de la scène, ni des décors ni de l’éclairage, mais, en tant que metteur en scène, il connaît le rôle de chacun, du début à la fin de la pièce.

En réalité, il me rappelle une chose essentielle : je ne suis pas ce corps. Je suis, comme lui d’ailleurs et comme nous tous, une entité spirituelle. Et, quoi que je fasse ou dise, lorsque je quitterai d’une façon ou d’une autre cette enveloppe physique, je redeviendrai ou plutôt je resterai une entité spirituelle. C’est ça qui compte. C’est ça l’essence et l’aboutissement de ma transformation spirituelle. Le reste n’a pas vraiment d’importance. Tous les poulets rôtis et les éclairs au chocolat de la terre ont été des moments agréables qui m’ont appris le caractère éphémère des choses de la vie, qui m’ont appris à les dépasser sans en faire des obstacles, qui m’ont appris le détachement, qui m’ont appris à remettre les choses dans une perspective différente et qui m’ont appris la simplicité du changement.

La seule chose que j’ai à faire, c’est de veiller que ma conscience soit toujours bien placée, toujours avec mon ami spirituel, de façon à adopter SA vision de moi-même : me voir comme il me voit, avec la même vision d’ensemble. Dès lors, à quoi bon me flageller de tel ou tel défaut ?! A quoi bon culpabiliser ? Tel penchant vers l’attachement est une expression déformée de l’amour, tel attirance vers les biens matériels est une quête de bonheur… certes très matérialisée ! De quel poids je me soulage en fonctionnant ainsi !

Tout cela revient à un jeu subtil et spirituel entre culpabilité, résilience (force de l’âme, sa capacité à rebondir), intelligence de soi et liberté.

Nous avons donc 3 « outils » :

1/ La vision que j’ai de moi-même que je réveille avec l’aide de :

2/ La vision que mon ami spirituel a de moi, notamment sa perspective dans le temps…

3/ Et donc ma vision du temps (qui a décrété que le temps devait être linéaire ?).

Ces trois outils nous permettent de « sortir du cadre », de nous élever, de retrouver notre vérité qui est la seule façon d’obtenir la pleine coopération de l’inconscient, et de fonctionner différemment que les modèles habituels qui créent des conflits intérieurs.

 

Arnaud Leduc

Pensée du jour
close slider

La pensée du jour

jeudi 13 décembre 2018
Conjuguez la victoire au présent, et vous saurez ce que vous réserve le futur ; le passé est alors bel et bien révolu et il ne reste rien d’autre que le succès.